minutes estudiantines

7h36

C’est le matin il fait toujours froid le matin comment arriver à sortir du lit, nouveau dilemme, toujours la même chose, le même refrain « ce soir je me couche tôt ». Hésiter à aller en cours, culpabiliser, compter les heures de sommeil et s’effrayer. Le temps file plus vite le matin, je n’arrive pas à juste faire les choses il faut toujours que je consulte les minutes qui défilent.

8h02

Les images du feu consument les écrans de tout le monde, même plusieurs jours après.

8h39

Descendre en trombe les escaliers jusqu’à la ligne 14, je me demande combien de mètres ils ont creusés, c’est toujours cette impression de descendre dans un gros bunker. Trois minutes d’attentes à l’affichage, un jour j’ai chronométré la durée du trajet automatique, c’est environ dix minutes à partir de l’ouverture des portes. Je calcule et tente de remettre mes écouteurs. J’arriverais à 52, si je cours je serais pile à l’heure pour l’amphi oui mais je déteste être pile à l’heure, essoufflée, et les regards…

8h47

Je pianote sur mon téléphone pour tromper mes angoisses, je cherche des visages d’autres étudiants. Le métro en est bondé mais je ne trouve pas les miens. Youhou, étudiants en ciné, où êtes-vous ? Tiens, y en a un qui monte. Je ne l’aime pas beaucoup.

Se concentrer sur ce qu’on tape, comme si c’était un message pour le Gouvernement. Top secret, non désolé madame je n’ai pas d’argent et toi là, qui me fixe, je ne t’ai vu pas, retournons à notre ignorance mutuelle. Quand les portes ouvriront je vais courir le plus vite possible.

10h02

Je dois cinquante centimes à Flore. Cela me semblera dérisoire dans quelques heures, mais là, à cet instant où le café coule dans ma gorge, je sais que je lui dois beaucoup.

10h37

Les mots et les adjectifs fusent. En traduction, c’est un peu celui qui ira le plus loin qui gagnera. Une espèce de vente aux enchères. Il faut être audacieux, mais pas trop. Rester fidèle au texte mais oser sans détacher aussi. J’aime cet exercice, entre le décryptage d’un code secret et l’exercice créatif. Depuis trois minutes le prof n’est pas satisfaits des propositions. Il a sa petite moue en coin, il ne sait pas où est-ce qu’on va comme ça. Odeurs de café, on fait semblant de réfléchir, le nez rivé sur nos textes.

– Et vous, vous avez mis quoi Alice ?

– « Névrose sexuelle ».

– Ah oui. Carrément !

– Carrément.

Et on continue dans notre errance, sans trop savoir pourquoi.

11h35

Il sifflote l’air de Cosma dans « Le Grand Blond avec une chaussure noire », ça me fait sourire : je revoie la bonne tête de Pierre Richard, j’ai des réminiscence d’un prof qui lui ressemblait un peu. Foule de souvenirs et d’envie, je me dis qu’il faut que je revoie le film, la filmographie complète de Pierre Richard, que j’écoute Vladimir Cosma.

11h38

Il faut que je parle à ce siffleur. Je le cherche du regard dans l’amphi mais le prof fait le noir pour regarder un extrait de film… Comme un mantra je me répète les notes entêtantes, suraiguës, je réfléchis qui est mon siffleur, mon allié de pensée. Et je souris dans le noir.

13h56

« Nous devons remettre la Troisième Guerre Mondiale à demain. »

« …pour emmener le petit Spielberg au cinéma. »

Sourire devant le début de l’épisode 6, saison 3 de Colombo (1974).

14h02

J’ai parfois de grandes idées en ce qui concerne les titres de mes œuvres. Seulement le reste ne suit pas ; je me retrouve avec des titres seuls. Des absurdités qui n’ont pas de sens. Quand enfin -miracle- l’histoire arrive, les rôles s’inversent : le titre ne me satisfait plus. Il apparait comme une tâche, repoussé par mon regard devenu impitoyable. Je l’observe qui dégringole de son piédestal. Le faux titre retourne à son état originel : des lettres éparpillées.

15h44

« j’aime bien
tes poèmes on se croirait dans un film dans les années 90 avec des choses minables et heureuses et le temps qui passe
au plaisir de te lire
« 

16h13

Atelier de montage. Fatigue collective. Poussière, écran en surbrillance. Logique de circulation, petits gestes et grandes erreurs.

– T’as mis de la vitesse dans du vide.

Bon, bon, il faut rectifier cela. Beauté du geste, beauté de la phrase aussi. À sortir de son contexte.

17h01

Lecture d’un texte à la deuxième personne du singulier. Je me sens visée, pourtant ce n’est pas moi que le texte s’échine à traiter. Je me sens happée, je deviens un personnage de fiction pendant les quelques minutes que dure ma lecture. Surprise de la lectrice, une nouvelle possibilité de vie qui s’offre à moi.

21h54

Apprendre à mon père quelques nouveaux mots comme « turfu » pour « futur ».
Il a tenté une blague mais il s’est trompé et a dit « furtu ». C’est notre nouvelle plaisanterie.

23h31

Je me dis parfois que personne ne parle la même langue, cela expliquerait bon nombre de migraines. J’ai la tête enflée à force d’essayer de comprendre ce que nous avons tous en tête. À quoi bon ?

Minuit mais rien n’est jamais moins sûr

– Est-ce que tu te mets toujours des paillettes sur les yeux ?

00h17

Ma tête mal réveillée en plusieurs exemplaires. Photos conformes. Rassembler les pièces. Elles sont sur mon lit, prête pour demain. J’ignore pourquoi j’y pense maintenant, mais j’y pense.

00h19

Il est l’heure des messages vengeurs, les doigts s’affolent dans la nuit, les esprits brouillés laissent leur vérité éclater.

1h02

Discussion alcoolisée sur l’art russe. Nous nous comprenons. Il pense comme moi que Nabokov, Tchaïkovski et Tarkovski ont compris le mal être de l’âme. Cela paraît plus profond après plusieurs rasades, une montagne de cigarettes et notre fatigue mutuelle.

2h40

Je tourne autour du lampadaire et il me raconte comment Montmartre est intéressant. Il est guide en ce moment, il a plein d’anecdotes à me raconter. Je souris dans le noir ; comment le montagnard peut-il en savoir plus sur ma propre ville ? Je ris, il me demande pourquoi et je hausse les épaules. Je lui dis des bêtises sur la Lune mais nous en revenons à Montmartre, il me confie un livre sur le sujet que je lui promets de lire. Sans faute ? Sans faute.

3h06

Je ne trouve pas le sommeil. Je regarde des vidéos étranges. Mon cerveau est brouillé. Le sommeil m’enveloppera sans que je m’en rende compte.

Nostalgia de la luz

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